Feu à bord d'un bateau : les 4 gestes qui sauvent (2026)
Fumée, odeur d'essence, flammes au moteur : les 4 gestes dans l'ordre, le MAYDAY prêt à lire, l'extincteur exigé par la Division 240 et les pièges du QCM.

Sécurité en mer 2026
Feu à bord : les 4 gestes, dans le bon ordre
Un incendie en mer se joue en quelques minutes. Voici la marche à suivre, le message radio prêt à lire, ce que la Division 240 exige à bord et comment éviter le feu avant de partir.
Extincteur
Zone basique
obligatoire dès la sortie du port
Ventilation
4 min
avant démarrage, si le fabricant l'impose
Pour alerter
MAYDAY
canal 16 : le feu est une détresse
De la fumée sort du capot moteur. Ça sent l'essence. Vous êtes à trois milles du port, avec vos proches à bord : que faites-vous, et dans quel ordre ?
C'est normal de ne pas savoir : on apprend à démarrer un moteur, rarement à l'éteindre quand il brûle. Pourtant, le feu est l'urgence la plus rapide qui existe en mer. Le 3 octobre 2026, au large de Cherbourg, un bateau de plaisance en feu a fini par couler malgré l'intervention des marins-pompiers ; son occupant a été secouru par un autre plaisancier avant l'arrivée des secours.
Bonne nouvelle : un départ de feu se gère, à condition d'avoir le bon réflexe dès les premières secondes. Ce guide vous donne les 4 gestes dans l'ordre, un message MAYDAY prêt à lire, ce que la Division 240 exige vraiment comme extincteur, et les 4 conseils officiels pour que le feu ne prenne jamais.
Sommaire rapide
- Pourquoi le feu est l'urgence n° 1
- Les 4 gestes, dans l'ordre
- Le MAYDAY prêt à lire
- Extincteurs : ce que dit la Division 240
- Prévenir : les 4 conseils officiels
- Ce qu'il faut retenir pour l'examen
- FAQ finale
Pourquoi le feu est l'urgence n° 1
Avec une panne moteur, vous avez du temps : on mouille, on réfléchit, on appelle. Avec un feu, non. Un bateau de plaisance, c'est de la résine, du carburant et des batteries dans quelques mètres carrés, sans issue de secours.
La Mission du nautisme et de la plaisance (ministère de la Mer) constate un nombre significatif d'incendies qui débutent dans le compartiment du moteur essence des navires de plaisance. Sa fiche de prévention est reprise dans le bilan 2025 du SNOSAN, l'observatoire officiel de la sécurité des activités nautiques. Le scénario que ces conseils visent : une fuite de carburant, des vapeurs d'essence dans les fonds, puis un démarrage.
Retenez la règle simple :
Ce n'est pas la taille des flammes qui décide, mais la vitesse de votre première réaction.
Les 4 gestes, dans l'ordre
| Geste | Le bon réflexe | L'erreur classique |
|---|---|---|
| 1. Couper | Moteur, coupe-batterie, gaz. Gilets pour tout le monde. | Laisser tourner le moteur « pour rentrer vite ». |
| 2. Attaquer | Extincteur sur un feu naissant, à la base des flammes, par l'orifice prévu s'il y en a un. | Ouvrir le capot moteur en grand : l'air relance le feu. |
| 3. Alerter | MAYDAY sur le canal 16, ou le 196 sans VHF. | Attendre d'avoir « tout essayé » avant d'appeler. |
| 4. Évacuer | Tout le monde du côté opposé au feu, annexe ou eau en dernier recours, jamais sous le vent du bateau. | Retourner à l'intérieur chercher un objet. |
Cet ordre est un fil conducteur pratique, pas une procédure officielle. Une seule règle absolue : si le feu n'est plus naissant, si la fumée vous empêche de respirer ou si le carburant est en jeu, sautez le geste 2 et passez directement à l'alerte et à l'évacuation.
1. Couper les énergies, équiper l'équipage
Un feu a besoin de trois choses : un combustible, de l'air, une source de chaleur. Couper le moteur, le coupe-batterie et la bouteille de gaz, c'est retirer le combustible et la chaleur d'un coup.
Dans le même mouvement, gilets pour tout le monde, attachés. Le gilet est obligatoire à bord dès la zone basique ; c'est le moment de le porter, pas de le chercher.
Si vous pouvez encore manœuvrer, placez le bateau de façon à ce que le vent emporte fumée et flammes loin des personnes, pas vers elles.
2. Attaquer le feu, seulement s'il est naissant
Votre extincteur portatif a une autonomie de quelques secondes. Il sert à éteindre un départ de feu, pas un incendie.
- Visez la base des flammes, pas la fumée.
- Compartiment moteur : si votre bateau dispose d'un orifice d'extinction (un passage obturable pour diffuser l'agent sans ouvrir le capot), utilisez-le. Ouvrir le capot en grand apporte de l'air et peut transformer un feu couvant en flamme franche.
- Feu de carburant ou feu électrique : jamais d'eau. C'est le cas de la quasi-totalité des feux de bord.
- Une fois éteint, surveillez : un moteur brûlant peut redémarrer le feu. Ne relancez pas le moteur avant d'avoir compris la cause.
3. Alerter le CROSS : c'est un MAYDAY
Ici, pas d'hésitation entre PAN PAN et MAYDAY. Le manuel officiel de préparation au CRR, publié par l'ANFR, cite l'incendie parmi les dangers graves et imminents qui justifient un message de détresse. Son exemple de message MAYDAY porte même la nature « Feu à bord ».
Le CROSS se joint sur le canal 16 de la VHF, ou par téléphone au 196 si vous n'avez pas de radio. Appelez tôt : si vous maîtrisez le feu ensuite, vous annulerez. L'inverse n'est pas possible.
Tout sur la radio de bord : VHF et permis côtier.
4. Préparer l'évacuation, sans la précipiter
Rassemblez l'équipage du côté opposé au feu, avec les feux rouges à main et le téléphone. Si vous avez une annexe, mettez-la à l'eau du côté abrité.
Quitter le bateau est le dernier recours : dans l'eau, vous êtes moins visible et vous vous refroidissez. Mais si le feu gagne le réservoir ou si la fumée devient irrespirable, on n'attend pas. Prévenez le CROSS de votre décision.
Le bon choix dépend aussi de votre gilet : voyez notre guide 50 N, 100 N ou 150 N.
Le MAYDAY prêt à lire
Voici la structure du message de détresse, bâtie d'après le manuel de l'ANFR :
- « MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY »
- « Ici [nom du bateau] », répété trois fois, puis votre indicatif si vous en avez un
- « MAYDAY [nom du bateau] »
- Votre position : coordonnées GPS, ou relative (« 2 milles au sud de la pointe de… »)
- La nature de la détresse : « feu à bord, compartiment moteur »
- L'assistance demandée : « demandons assistance immédiate »
- Le nombre de personnes à bord, vos intentions (« nous préparons l'évacuation »), la description du bateau
- « À vous »
Si votre VHF est équipée de l'ASN, l'alerte de détresse part sur le canal 70 ; vous enchaînez ensuite en phonie sur le 16.
Extincteurs : ce que dit la Division 240
C'est la partie que les candidats confondent le plus. Voici le texte, sans interprétation.
| Question | Réponse du texte | Où |
|---|---|---|
| À partir de quelle zone ? | Dès le matériel basique : « un ou plusieurs extincteurs portatifs d'incendie ». | Art. 240-2.03, point 3 |
| Quel type, où le placer ? | Type, emplacement et signalisation définis par le manuel du propriétaire ; à défaut, par l'annexe 240-A.3. | Art. 240-2.03, point 3 |
| En côtier et au-delà ? | Toujours exigé : les équipements mobiles de lutte contre l'incendie figurent à tous les niveaux, du basique au hauturier. | Annexe 240-A.1 |
| Et sur un jet-ski (VNM) ? | Seulement le ou les extincteurs préconisés par le fabricant. | Art. 240-2.12, point 1 |
Deux conséquences pratiques :
- Le manuel du propriétaire fait loi. Sur un bateau marqué CE, c'est le constructeur qui a défini le nombre, le type et l'emplacement des extincteurs. Lisez la page, et respectez-la : c'est ce qu'un agent regardera en contrôle.
- Pas de manuel ? L'annexe 240-A.3 prend le relais. Dans le doute, demandez à un professionnel : l'important est d'embarquer un extincteur adapté aux feux de liquides et d'électricité, vérifié aux échéances indiquées sur son étiquette.
Le reste de la liste par zone est dans notre check-list Division 240.
Prévenir : les 4 conseils officiels
Le ministère de la Mer a publié une fiche dédiée aux bateaux à moteur in-bord essence, les plus exposés. Ses quatre conseils, traduits en actions :
1. Suivez le manuel du fabricant
Il peut imposer une ventilation du compartiment moteur pendant au moins quatre minutes avant le démarrage. Ce n'est pas une formalité : c'est le temps nécessaire pour chasser les vapeurs d'essence accumulées dans les fonds.
2. Inspectez le compartiment moteur régulièrement
La fiche liste les signes qui doivent vous arrêter net :
- une fuite de carburant (moteur, réservoir, tuyauterie, durites, joints) ;
- de l'essence liquide dans les fonds ou les gattes ;
- une forte odeur de carburant ;
- un moteur difficile à démarrer, avec des ratés ou des chutes de régime.
3. Vérifiez que la ventilation fonctionne
Ventilateur de cale, prises d'air dégagées : un compartiment moteur doit respirer. Sur un bateau marqué CE, le constructeur a pu suivre la norme ISO 11105 pour la ventilation et la norme ISO 9094 pour la protection contre l'incendie.
4. Installez un détecteur de vapeur d'essence
C'est le conseil le plus fort de la fiche : un ou plusieurs détecteurs de vapeur d'essence, avec renvoi de l'alarme sonore et visuelle au poste de pilotage. On les trouve en accastillage.
Avant chaque sortie, ajoutez ces vérifications à votre check-list de première sortie. Et si le moteur s'arrête sans feu, c'est un autre scénario : panne moteur en mer, les 6 réflexes.
Ce qu'il faut retenir pour l'examen
Le QCM ne vous demandera pas d'éteindre un feu. Mais plusieurs notions de cet article tombent régulièrement :
- L'extincteur est obligatoire dès la zone basique, donc dès la sortie du port, et à tous les niveaux au-delà.
- Son type et son emplacement sont fixés par le manuel du propriétaire, à défaut par l'annexe de la Division 240.
- Sur un VNM, l'extincteur n'est exigé que si le fabricant le préconise.
- Un feu à bord, c'est un MAYDAY (détresse), pas un PAN PAN (urgence).
- Le CROSS se joint par le canal 16 ou le 196.
- Sur un moteur in-bord essence, on ventile avant de démarrer.
Les pièges classiques : croire que l'extincteur n'est obligatoire qu'en côtier (faux), confondre PAN PAN et MAYDAY (le feu est une détresse), ou cocher « ouvrir le compartiment pour aérer » (c'est l'inverse qu'il faut faire).
Testez-vous sur une série de QCM du permis côtier, puis avec un examen blanc.
Sources officielles
- Division 240, articles 240-2.03, 240-2.12 et annexe 240-A.1 — arrêté du 23 novembre 1987 modifié (Légifrance)
- Prévention du risque incendie dans le compartiment moteur in-bord essence des bateaux de plaisance — Mission du nautisme et de la plaisance (mer.gouv.fr)
- SNOSAN — bilan de la saison estivale 2025, fiche « Comment éviter les incendies de moteur inbord essence ? » (mer.gouv.fr)
- Fiche « Sauvetage, remorquage et assistance en mer », mars 2024 — canal 16, 196, port du gilet (mer.gouv.fr)
- Manuel de préparation du CRR maritime, édition de juin 2025 — message de détresse MAYDAY (ANFR)
Fait divers cité : Au large de Cherbourg, un bateau de plaisance ravagé par les flammes finit par couler (Figaro Nautisme, 5 octobre 2026).
Informations à jour au 23 octobre 2026, données à titre indicatif : les conditions exactes figurent dans les textes officiels. L'ordre des 4 gestes et les conseils d'utilisation de l'extincteur sont des recommandations pratiques, pas des obligations réglementaires.
Pour aller plus loin :